Vendredi 14 mars 2008

undefined Je repris le lundi suivant le chemin du travail avec un certain entrain. Le week end m'avait été amplement profitable, je me sentais reposée, ressourcée, ma voiturette sans permis fonctionnait du feu de Dieu et je la menais de main de maître sur les routes cabossées des deux départements que j'avais à traverser, à son train poussif, cahotant et chaotique ...

Non, non, non ! 
Tout faux, tout est faux ! 
Je me reprends ... 
Je me replonge ...

Le quatre septembre deux mille six, j'étais encore presque au plus profond de la dépression qui s'était emparée de moi à la naissance de ma seconde fille. Chaque jour était une bataille, dans une guerre incompréhensible me jetant contre moi-même ! Chaque bataille était source d'un épuisement supplémentaire. 
Je pesais cinquante-quatre kilos pour mon mètre soixante-dix, les pantalons me tombaient des hanches, je n'avais plus de joues, de seins, de fesses, je ne mangeais plus rien. 
Il m'arrivait quotidiennement de m'enfermer pour quelques minutes aux toilettes, et de rester assise sur la cuvette couvercle rabaissé à attendre que mes pleurs se calment. 
Je consommais anarchiquement benzodiazépines et myorelaxants. Je souffrais, ici aussi, mais ici du moins j'avais la tête occupée, les mains prises, des comptes à rendre ! En comparaison des heures en tête à tête avec ce bébé que j'avais eu tant de mal à comprendre, de l'enfer de détresse, de culpabilité et de désespoir que j'avais commencé de traverser seule, tout semblait préférable. 

Mariée et mère mais seule : il n'existe pas de plus grande solitude que celle du dépressif, que son état coupe du monde et qui pourtant se trouve incapable de s'en soustraire ne fût-ce qu'une seconde, que tout heurte et chamboule ; l'univers entier est plongé dans une grisaille impalpable et tenace, comme les suites de la chute d'une météorite géante dans votre atmosphère, réduisant toute forme de Vie à l'état de survivant pour les siècles des siècles. 
 

Je donnais bien le change, va, affable, rieuse, caustique, sourire greffé aux lèvres, mot gentil ou mot doux pour chacun, empathie en croix sur le poitrail ...

Par Et moi et moi et moi ! - Publié dans : Pourquoi j'y suis, là
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Samedi 16 février 2008

Hasard du calendrier, j'ai pris mes fonctions un vendredi. Etait-ce là un oubli freudien : j'arrivai ce matin-là, en avance une fois n'est pas coutume, sans le moindre papier d'identité, et me fis donc dès l'abord remarquer par les gros bras de l'entrée. J'obtins au prix d'une féroce transaction au cours de laquelle je fis valoir mon ignorance des us et coutumes du lieu et l'éloignement de mon domicile, qu'on envoyât quérir une représentante de la direction des ressources humaines - laquelle n'était pas encore arrivée - que j'attendis, qui me délivra du regard suspiscieux des vigiles en faction en fournissant la copie de ma carte d'identité... 
C'était un signe ! Mon intuition légendaire aurait dû se tenir en éveil ! 
Mais non, rien, sourire béat, présentations, visites de ci de là, serrages de pogne à tout va "Anne-Laure notre nouvelle ...." "enchantée" "bienvenue !" et bla et bla et bla. Réfectoire. Mise en place de l'ordinateur, création du compte mail, mot de passe, la journée passa dans un souffle. 
"Ah la belle vie que voilà !" me disais-je ce vendredi soir en rentrant chez moi ! L'équipe qui m'accueillait était si formidablement dynamique et joyeuse que j'aurais tôt fait d'oublier la fatigue des trois heures et demie de transport quotidien ! Tout me souriait ! Demain je ferais mes preuves, après-demain je monterais en grade, et dans quinze ans, mûre, belle, souriante, et sur mes deux pieds, je dirigerais, incontournable, l'institution, d'une main de fer gantée de velours. En plus il faisait beau alors que demandait le peuple ?

Par Et moi et moi et moi ! - Publié dans : Pourquoi j'y suis, là
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Vendredi 15 février 2008

La première étape, celle de la sélection sur dossier, ça faisait deux ans que je n'allais pas au-delà, et cette année-là, je ne sais pourquoi, c'est passé... 
Trois semaines après avoir envoyé mon dossier, je reçois à la maison un courrier laconique m'informant du déroulement des épreuves qui m'attendent, avec un écrit "entre le 2 et le 19 juin" et un oral "entre le 26 et le 29 juin". Sic. Et débrouillez-vous avec ça pour vous organiser pour faire garder les mômes. 
Bon ... 
Je m'expatrie à la campagne juste la semaine précédente, pour déléguer à mes parents le babysittage des petites et pouvoir réviser tout à loisir. Chaque soir je tanne mon mari au téléphone "tu es sûr qu'aucune convocation n'est arrivée pour moi pour l'écrit ??" Il est sûr. Certain. Il revérifie le courrier sous mes oreilles attentives. Et pourtant depuis le temps elle aurait dû arriver cette lettre ! Que je ne m'inquiète pas et me repose, pourquoi d'ailleurs ne pas prolonger mon séjour d'une semaine ? Je sais pas, une intuition ... Sur mon insistance anxieuse, il consent à venir me récupérer (je n'ai pas le permis) le jour dit, et nous remontons donc sur Paris par un dimanche poisseux de juin, dans la cohue, la chaleur et les mouches. Forte année à mouches. 
Arrivée à la maison, une fois les affaires rangées, par acquit de conscience je trie le courrier qui s'est accumulé sur le meuble de l'entrée, et manque m'étrangler - et pas que moi d'ailleurs - en découvrant la convocation tant attendue, qui me désigne un horaire et un centre d'examen, fort heureusement à quelques kilomètres de chez moi, mais poru le lendemain même. Les révisions sont loin d'être achevées et pourtant je me couche tôt ce soir-là, que faire d'autre ? Une semaine supplémentaire n'y suffirait pas.

Le matin de l'écrit je n'angoisse pas, j'y vais avec la solide assurance des paresseux, certains font l'impasse sur un chapitre, moi je n'en connais qu'un, avec un peu de chance .... Etude de cas. Tu sais ou tu sais pas. Si tu sais pas tu t'en vas très vite ! et l'amphi se vide au bout d'une petite demi-heure. Nous nous comptons, je dois être l'une des plus vieilles ! Par chance je maîtrise le sujet. Il faut dire que ça fait déjà quatre ans que je fais grosso modo le boulot pour lequel je postule, en outre avec une rémunération trente pour cent supérieure. "Diantre, trente pour cent ?" vous étonnez-vous par milliers. Oui madame, oui monsieur, c'est qu'on est beaucoup plus payé, même dans l'administration, quand on est sous contrat (négociable) que lorsqu'on est statutaire. "Mais pourquoi diable passer les concours alors ?" poursuivrez-vous immanquablement, ne niez pas je l'ai vu dans votre oeil. Eh bien, eh bien, lorsqu'on a comme ce fut mon cas l'énorme, l'immense, l'insoutenable épée de Damoclès que constitue une maladie neurologique qui vous pend au-dessus du crâne, la sécurité de l'emploi ça prend une brillance totalement irrésistible. Eh voui. 

Le jour de l'oral, je suis tombée, veine ou déveine je ne saurai jamais, sur l'une de mes anciennes chefs dans mon jury. Je ne l'aimais pas. Elle me le rendait bien. Je lui avais pourri la vie en mettant le doigt sur son incompétence en tant que recruteuse dans un précédent poste et elle devait m'en garder un chien de sa chienne. Hélas pour elle, c'est moi qui pris la parole en premier de nous deux, présentant mon parcours et mes réalisations, un bien grand mot, et rendant un hommage ému, appuyé, et respectueux, à celle qui m'avait tout appris (elle aurait donc eu du mal à cracher ensuite dans la soupe) : Elle. En sortant je savais que c'était dans la poche, et j'avais raison. Il y avait trois postes, je fus reçue troisième, c'était pas la gloire mais c'était à manger pour la vie, y compris dans un fauteuil roulant. 

Moralité : si vous êtes invalide ou en passe de le devenir, si ça ne se voit pas encore trop, passez fissa les concours de la Fonction publique !

Par Et moi et moi et moi ! - Publié dans : Pourquoi j'y suis, là
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Jeudi 14 février 2008

Vous rêvez d'entrer dans l'administration ? 
Vous enviez la position des fonctionnaires, que vous considérez comme des nantis ? 

Eh bien faites comme eux : passez et remportez les concours ! 

Pour ce faire, munissez-vous d'un curriculum vitae bien étoffé, d'une patience à toute épreuve, d'une solide culture générale, de connaissances juridiques à peu près à jour, d'une plume offensive sans trop en faire, d'une orthographe correcte, et d'un brin de confiance en vous. 

La première épreuve qui vous attend est le plus souvent celle de la sélection du dossier ; elle est soit qualificative et de ce fait directement éliminatoire, soit de manière plus insidieuse si fortement cotée qu'un mauvais dossier équivaut à un rejet pur et simple. Soignez donc votre CV et votre lettre de motivation, faites valoir votre expérience ou la qualité de vos diplômes si vous êtes encore novice car l'administration comme tout employeur répugne à embaucher le débutant frais émoulu des études. Et puis potassez les annales, s'il en existe. Vous aurez, selon les corps que vous cherchez à intégrer, d'une chance sur vingt à une chance sur six cents d'être reçu. 

Mais, bien entendu, ne prêtez pas plus d'attention qu'il n'en faut aux statistiques de réussite aux concours que vous vous apprêtez à passer, et n'ayez surtout pas soin de compter le nombre de rangées de cinquante candidats qui planchent à vos côtés dans ce hangar de la Maison des examens, cela vous saperait le moral or un moral blindé est indispensable pour tenir plus d'une heure d'écrit rébarbatif et technicien. 

Vous avez réussi à vous faire sélectionner pour les oraux ? Félicitations ! 





J'ai réussi les écrits !!!! Je passe les oraux !!!

Par Et moi et moi et moi ! - Publié dans : Pourquoi j'y suis, là
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